vendredi 1 mai 2009

Une histoire marseillaise qui manque de sel

Imaginer Marseille et toute sa région bloquée par la neige apportée par une vague de froid passerait pour une galéjade locale au moins aussi improbable que le blocage du port de ladite ville par une sardine… Et pourtant ! Les automobilistes qui ont été piégés du 5 au 7 janvier par les intempéries de l’hiver rigoureux 2008-2009 qui ont généré trois jours d’un invraisemblable chaos n’avaient pas le cœur à la plaisanterie. Loin de là.

De la Direction de l’Équipement et du Conseil Général à la Préfecture, on tente de tirer les leçons d’un phénomène naturel exceptionnel, qui a pris de court tous les responsables, et immobilisé toute une région pendant pratiquement trois jours. Alors, certes, on ne peut en vouloir aux gestionnaires de privilégier économiquement l’équipement de la région en véhicules de lutte contre les feux de forêts au détriment des chasses neige.

Après tout, il faut remonter à 1987 pour retrouver 20 cm de neige sur Marseille. Et les incendies constituent une spécialité locale autrement plus récurrente. De là à faire l’impasse sur la préparation à des situations météorologiques exceptionnelles et sur l’anticipation des risques, il y a un aveuglement qui n’est aujourd’hui plus de saison car il conduit inéluctablement à des blocages tels que ceux des autoroutes coupées et des automobilistes pris au piège.

Car en revanche, ce qui est désormais clair, c’est qu’aujourd’hui, une des principales missions incombant aux décideurs c’est précisément de prévoir et d’anticiper l’imprévisible et les moyens d’y faire face. Et que, de ce côté-là, les autorités régionales ont pour le moins failli à leur mission. Analyser et cartographier les risques même les plus improbables, définir des stratégies de prévention, d’avertissement et de résilience, établir des priorités et anticiper des plans de préservation, de continuité et de reprise des activités : voici ce qu’en 2009 on est en droit d’attendre de tous les décideurs, qu’ils soient responsables d’une entreprise ou a fortiori d’un service public. Et c’est encore plus vrai dans une région comme Provence Alpes Côte d’Azur où l’activité tellurique est loin d’être nulle et vu l’état précaire de l’alimentation en courant électrique (desserte par une seule ligne très haute tension à la suite du refus écologique de la ligne passant par les gorges du Verdon et de l’annulation de sa Déclaration d’Utilité Publique par le Conseil d’État en juin 2006).

Évaluer les risques, mettre en place des dispositifs de prévention, préparer hommes et organisations à faire face à la crise et à la gérer bien avant qu’elle ne se déclare : c’est la seule recette gagnante pour éviter le chaos. Qu’il s’agisse de phénomènes économiques, épidémiques ou même météorologiques.

Bruno GOUREVITCH
Président
Altaïr Conseil

 
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